Touche pas à mon moulin !

Claude Cournarie craint que son moulin et les autres soient détruits. Son utilité pour éviter les crues mais aussi sa capacité à produire de l’hydroélectricité sont devenus ses arguments majeurs.
La nouvelle l’a chamboulé. Puis a laissé place à l’incompréhension. La colère aussi. Claude Cournarie, 69 ans, habite La Bazoche-Gouët. Depuis 1990, il est l’heureux propriétaire, avec son épouse, du Grand-Moulin de la commune.
Un patrimoine dont il est fier. Et auquel il voue son temps libre. Il fait d’ailleurs partie de l’association des Amis des moulins de Beauce.
Mais en janvier, il assiste au Mans, dans la Sarthe, à un congrès de l’eau. Le Sdage (shéma directeur de l’aménagement et la gestion des cours d’eau) rend ses conclusions. Il comprend alors « qu’ils veulent supprimer les moulins pour recréer l’espace comme il était avant les Romains. J’étais très surpris d’entendre des gens dire que les moulins ne servent plus à rien ! »
Comme le tramway ?
Selon lui, la circulaire du 25 janvier dernier, signée par Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie, dans le cadre du Grenelle de l’environnement pose le problème de la libre circulation des poissons, « des anguilles qui ne montent plus, qui ne passent pas les différents barrages. Mais les moulins et passes à poissons ne sont pas incompatibles. »
Pire que cela, les moulins ne peuvent pas disparaître. Rien qu’en Eure-et-Loir, il en existe 400. « Nous avons peur que le gouvernement fasse comme avec le tramway. Qu’ils fassent tout disparaître pour tout reconstruire ensuite. Sans les moulins, le phénomène que vient de vivre la Vendée va se répéter. Les moulins retiennent l’eau et la régulent. Ils la canalisent en période de crue et la redistribuent lorsqu’il y a des sécheresses ».
Et de donner l’exemple de l’Yerre, rivière qui longe son propre moulin. « Le moulin qui était en amont du mien n’existe plus. Il freinait le débit de cinq rivières. Aujourd’hui, l’eau descend tout droit chez moi. »
Paradoxe
Depuis plusieurs années, Claude Cournarie travaille dur sur l’utilité de son moulin. « Nous avons un droit d’eau, c’est-à-dire l’autorisation de se servir de l’énergie potentielle du moulin. »
En clair, Claude Cournarie envisage de fabriquer de l’électricité avec son ouvrage. A l’heure où les énergies renouvelables ont le vent en poupe, il ne peut comprendre que ces usines hydrauliques, que sont les moulins, viennent à être rasées.
« On travaille sur un projet de compagnie de micro électricité sur le grand Ouest. On a calculé qu’en Eure-et-Loir, on peut faire tourner une cinquantaine de moulins. On veut faire de l’hydroélectricité, conformément à l’utilisation potentielle de notre énergie. Je suis d’ailleurs en contact avec une entreprise qui nous demande de trouver cinquante turbines, cinquante sites. Et qui est intéressée par l’achat de notre électricité. Nous avons déjà les moulins. Cela créerait de l’emploi et surtout, ce n’est pas délocalisable », avance Claude Cournarie.
La semaine passée, l’homme animait une réunion en présence de propriétaires de moulins, et riverains, à Margon. Leur évoquait ce fameux droit d’eau dont ils jouissent. Espérant bien les pousser à se battre à ses côtés.
Carine Robinault



à 7Oans faire son electricité je trouve cela périlleux et pas rentable sur la durée